Demain les Chiens (mais aujourd’hui, lisez autre chose)

Demain les chiens est un recueil de huit nouvelles qui narre les moments clés ayant conduit les chiens à devenir l’espèce dominante sur Terre. Non pas une domination animale comme dans “la planète des singes”, où les humains revenaient à un état d’asservissement, mais une domination rendue possible par la disparition des hommes. Chaque conte est précédé d’une note ou un pseudo éditeur chien se penche sur le contenu du récit qui suit, et présente les différents éléments permettant d’accréditer ou pas les théories selon lesquelles les hommes ont vraiment existé.
Le fil conducteur des huit textes est la famille Webster. Un membre de cette famille est le personnage clé à chaque fois, et ce sur plusieurs générations, c’est à dire qu’aucun récit n’est contemporain d’un autre. Seuls les personnages du mutant Joe et du robot/serviteur Jenkins sont ainsi transverses à plusieurs récits.
On peut s’étonner que tous les Webster importants soient systématiquement des hommes. C’est sans doute la période à laquelle le livre a été écrit (années 40) qui explique cette exclusivité masculine.
Il ne me semble pas que le livre ou l’auteur soient très connus. J’ai pioché cette référence dans une très ancienne sélection FNAC de livres incontournables de SF (liste établie fin des années 90). Très honnêtement, je ne sais pas ce qui a pu justifier une telle distinction, si ce n’est peut-être l’originalité de la mise en forme, ou bien le fait qu’à cette époque, de tels ouvrages étaient rares (l’étaient ils vraiment ?) et qu’il aurait donc fait “sensation”.
En tout cas, loin d’être amateur de nouvelles, le livre ne m’a pas vraiment réconcilié avec le genre. Je reproche toujours un manque de profondeur au personnage, un délai trop bref pour s’y attacher et des situations amenées de manière un peu trop précipitées.

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Les Piliers de la Terre

Les Piliers de la Terre est un livre de Ken Follett, écrit en 1989. Son succès aura été suffisamment important pour conduire à l’édition d’un jeu de société chez Kosmos.
Dans le livre, on suit les (més)aventures d’un maçon et de sa famille, à la recherche de travail dans l’Angleterre du XIe siècle. La petite histoire rejoint la grande puisque la construction d’une cathédrale est décrite comme un élément essentiel pour s’attirer les bonnes grâces des vassaux (église = affluence = marchés = taxes = argent) et des personnalités du clergé. Dans le contexte de rivalités pour l’accession au trône d’Angleterre, autant dire que le vent tourne à la vitesse des retournements de veste (ou de cotte de mailles).
Une grande partie du roman suit le développement d’une petite ville, prise en charge par un moine intègre et têtu : Philip. Celui-ci confie la construction d’une cathédrale à “Tom le bâtisseur” (qui soit dit en passant, ne semble pas avoir beaucoup d’expérience en la matière, mais bon, ça perdait sans doute de sa magie s’il avait fait un appel d’offre auprès de Bouygues et consorts). Seulement voilà, cette cathédrale n’est pas du tout du goût de l’évêque et de William Hamleigh, noble local aussi brutal que rancunier.
Le livre est intéressant pour sa présentation des mécanismes de féodalité et de hiérarchie ecclésiastique. Les détails architecturaux pêchent néanmoins de l’absence de schémas. Au mieux, cela conduira le lecteur à faire une recherche sur Internet pour mieux visualiser les arcs en ogives ou autre arc-boutant. Bon, ne vous attendez tout de même pas à du Umberto Eco, les descriptions techniques survolent très largement les sujets.
Le gros défaut du livre réside d’après moi dans le personnage de William Hamleigh, que l’on peut clairement décrire comme la caricature du méchant, un vrai Orangina Rouge médiéval. Il pille, viole et escroque tout en ayant la bénédiction du clergé. Par contre, il suffit qu’un prêtre lui annonce qu’il ira en Enfer, et le voilà qui ne dort plus de la nuit… Une personnalité très très attachante et logique, vous en conviendrez…

“La prophétie de Philip gâchait le triomphe de William : au lieu d’éprouver satisfaction et jubilation, il ne pouvait se défaire de l’obsession qui le poursuivait : l’enfer l’attendait.”

Le livre semble tourner en rond en terme de péripétie.. D’ailleurs, le grand méchant s’en rend lui même compte dans le livre :

“Les gens de mes fermes vont s’installer à Kingsbridge pour travailler comme ouvriers, que le marché là-bas est de nouveau ouvert chaque dimanche, ce qui enlève du négoce à Shiring… C’est toujours la même histoire ! “

On construit un mur, Hamleigh vient mettre le chantier à sac. On reconstruit le mur, il re-débarque.. etc.. Lassant.

A noter que le style n’est pas toujours très heureux. Le traducteur (l’auteur ?) aime les phrases sujet verbe complément (au hasard : “Hamleigh décida de tous les tuer”).
Exemple :

“Petit garçon, il caracolait dans le château sur un cheval imaginaire, faisant mine d’embrocher des gens sur une lance imaginaire.”

Enfin l’auteur abuse un peu des descriptions psychologiques riches en changement d’humeur :
“Le prêtre s’agita, affolé. Inquiet, Richard prit la parole : « Il a dépensé l’argent, on n’y peut rien. Emportons ce qui reste et partons. » Il avait raison, se dit Aliena à regret. Sa colère se dissipait pour laisser place à l’amertume.”

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Le Dernier Restaurant Avant la Fin du Monde (H2G2-2)

Adam Douglas est le Tery Pratchett de la SF. Sa série la plus connue, le guide du routard galactique, conte l’histoire d’un groupe de voyageurs :

  • Marvin, androïde paranoïde ayant inspiré la chanson à Radiohead
  • Arthur, dernier représentant de la planète terre, détruite dans les premières pages du premier tome
  • FordPrefect, ex-voisin et ami extraterrestre de Arthur
  • Zaphod Beeblebrox, ancien président de la galaxie en cavale, muni de deux têtes mais, a priori, d’un demi cerveau.

Dur dur de résumer ce volume car il n’y a pas véritablement de fil conducteur. Les livres étaient initialement narrés à la radio, sous forme de feuilleton, et on pâtit clairement du découpage que cette formule a induit. Les passages a peu près cohérents sont reliés par des transitions à grosses ficelles comme :
- un cagibi téléporteur
- un saut quantique d’urgence ordonné au vaisseau
- une sorte de tour de magie exécuté par le fantôme d’un ancêtre.
Ces artifices pour changer les décors et créer les situations loufoques rendent l’exercice un peu décevant, malgré certains passages quand même bien sympathiques.

Extrait 1 : “Il s’agissait en effet d’une paire Joo Janta 200 Super Chromatic Peril Sensitive, spécialement conçues pour aider les gens à affronter le danger d’une manière détendue : au premier signe de trouble, leurs verres virent en effet au noir absolu, évitant par là même à leur porteur de distinguer quoi que ce soit qui pût l’alarmer.”

Extrait 2 : “lorsque les rédacteurs du Guide avaient été poursuivis par les familles de ceux qui étaient morts pour avoir pris à la lettre l’article sur la planète Tron (dont le libellé était : « Le Hanneton glouton de Tron fait le régal des touristes de passage » quand il fallait lire : « Le Hanneton glouton de Tron fait son régal des touristes de passage »)”

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L’Homme aux Cercles Bleus

Ce n’est clairement pas le livre de Fred Vargas qui est le plus accrocheur. L’intrigue est un peu originale, mais on n’y retrouve pas le mélange d’enquête et de récits de légendes qui donne l’impression de se cultiver tout en regardant Adamsberg suivre ses pistes, se perdre et toujours retomber sur ses pieds. L’intérêt de ce livre s’explique plus pour des préoccupations bassement chronologiques. Le personnage de Mathilde, omniprésent dans les réflexions de
l’inspecteur, tout au long de la série, est ici présenté au lecteur avec plus de détails qu’à l’accoutumée. On peut un peu mieux alors comprendre le contexte de leur relation.
Outre cette introduction au petit monde d’Adamsberg, le lecteur pourra profiter de l’inventivité de l’auteur dans ses descriptions de personnage.
“En fait non, Adamsberg regarda son collègue. Le long corps mou de Danglard, prenant sur la chaise la forme d’une bouteille en train de fondre, était pacifique.”
Un petit Vargas, qui doit être lu comme une introduction, un galop d’essai, à des oeuvres plus maîtrisées, comme “Dans les bois éternels”.

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Au bonheur du frou-frou

Au Bonheur des Dames… Citer donc ce livre devant un exemplaire de la gente féminine et vous avez toutes les chances d’entendre “ah oui, c’est rudement bien..Denise…Bourras…Mouret…”. Pour avoir tenté l’expérience avec un modèle de l’autre sexe, j’ai eu droit à “ah oui.. Pennac !” (confusion avec Au Bonheur des Ogres, que je conseille, par ailleurs).
Je pense que, une fois la lecture commencée, il doit il y avoir deux écoles de pensée.
La catégorie XX s’attache tout particulièrement à cette héroïne, normande montant à la capitale, qui doit se battre dans ce théâtre de soie et de crinoline pour faire sa place de vendeuse. Les moments forts étant alors :

  • saura t’elle se peigner de manière élégante ?
  • Le tissu “Paris-Bonheur” vendu à perte par le grand magasin aura t’il du succès ?
  • Les autres vendeuses cesseront-elles un jour de lui tirer sur les nattes et de l’empêcher de gagner 3 frans 6 sous.
  • Sera-t-elle la plus belle pour aller danser ? (là, je brode un peu, elle a même pas de quoi se payer une paire de chaussures)

La catégorie XY, bien plus terre à terre, passera son temps à compter sur ses doigts pour tâcher de bien comprendre comment Denise équilibre son budget. Je ne sais d’ailleurs pas si ce serait une grande atteinte à l’oeuvre que de convertir tous les tarifs de l’époque en des devises plus actuelles. Je trouve vraiment que le récit perd en intérêt dès lors que l’on ne peut pas bien appréhender les sacrifices du personnage ou au contraire, ces coups de chance. Pour la petite histoire, il faut savoir que 20 sous valent 1 franc.

Cela dit, les deux catégories apprécieront indifférement la description de la disparition des petits commerçants. La mécanique conduisant à l’entérinement de ces grands magasins (Zola se serait beaucoup inspiré du Bon Marché) au détriment des boutiques spécialisées y est décortiquée avec talent et ne laisse pas indifférent.

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La Compagnie des Glaces – une banane avec 2 boules, merci…

La compagnie des glaces est une série de livres de SF ayant pour théâtre une Terre en pleine période glaciaire.
Le monde décrit est assez original. Très inhospitalier, toutes les villes y sont protégées par des dômes de verre, perpétuellement entretenus par des “hommes roux”, espèce humanoïde résistante au froid et considérée comme inférieure.
Les liaisons entre les villes sont assurées par les compagnies de chemin de fer, toutes puissantes car elles contrôlent ainsi les mouvements de population, l’acheminement en nourriture et en électricité (synonyme de chaleur).
Les voies peuvent être constituées de centaines de rails parallèles, rendant possible jusqu’au déplacement de villes entières.
Cette main-mise des compagnies du rail s’accompagne bien entendu d’une attitude dictatoriale qui rappelle un peu l’ambiance de 1984.

Le problème, quand on s’engage dans cette série, c’est de savoir qu’il existe presque 100 volumes… Aussi motivé que l’on puisse être, on ne peut alors pas s’empêcher de se dire “suis je vraiment prêt à lire ce genre de prose pendant 100*200 pages ?”.
La réponse qui s’impose est alors “non”. C’est pas que c’est mauvais, mais il faut bien admettre que le temps consacré à la lecture de ce roman de gare (sans jeu de mots) peut paraître un peu vain. Les retours recueillis sur senscritique.com semblent d’ailleurs indiquer que l’auteur ne gère pas si bien que ça la durée de son épopée et que les incohérences ou les abandons de sujets mystérieux restent fréquents.
L’autre caractéristique de la série, qui la classe définitivement dans la catégorie “roman de gare”, c’est l’omniprésence des passages érotiques. Dès la première page, l’auteur ne peut s’empêcher de s’attarder sur le sexe des hommes roux qui ballotent. Un femme croise un homme pour la première fois, vont-ils se serrer la main ? Non, il y a davantage de chanceux que la dame vérifie le calibre de ses roustons.. Certains s’en étonneront peut-être, mais je vous assure que cela finit vraiment par devenir lassant de voir l’intrigue être polluée par ces passages assez peu imaginatifs et racoleurs.

En terme de glace, vous aurez compris que ce que l’on nous sert relève plus du Sundae insipide que de la Berthillon !

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Le Procès : Kafka jugé coupable d’un livre bien ennuyeux

Mon départ imminent pour Prague m’a conduit à m’intéresser à ce livre de Kafka. En effet, le musée Kafka nous a été conseillé, en grande partie pour la retranscription très réussie de l’atmosphère du livre.
Un peu honteux d’employer l’expression “c’est kafkaïen” comme situation, je me suis attelé à la lecture du Procès.
Ce que l’on sait tous du livre, c’est qu’il décrit une administration au fonctionnement obscur, qui perd l’accusé dans ses méandres et ne laisse que peu de chances de voir le bout du tunnel. Les démarches y sont censées être toutes les plus absurdes les unes que les autres, à l’image du passage d’Astérix dans la maison des fous (Les 12 travaux d’Astérix).
J’ai donc été assez étonné de constater que les situations absurdes n’y sont pas spécifiquement liées au fonctionnement de l’appareil judiciaire. C’est le comportement général de l’entourage du narrateur qui n’a pas vraiment de sens. L’absurde, ou l’invraisemblable, peut être poétique, comme dans l’écume des jours. Ici, je l’ai seulement trouvé fatigant.
Le “héros” discute avec la femme de ménage du tribunal, quand tout à coup, un étudiant en droit vient l’enlever devant lui et court en la portant dans ses bras. Le héros essaie de les rattraper et n’y parvient pas… Il y a sans doute un message très fort derrière cette péripétie, mais les invraisemblances de ce genre, ça me lasse très vite.
J’ai ensuite appris que le livre n’était pas réellement achevé, et qu’il fut publié à titre posthume. Douloureux souvenir de Bouvard et Pécuchet, autre œuvre qui aurait mérité d’être enterrée avec son auteur.

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